Changeons nos yeux en œil
Cet écrit n’est pas vertical mais horizontal. À la manière d’un labyrinthe, il propose plusieurs entrées. Une branche qui propose au vent plusieurs feuilles.
Il marque une volonté de mettre à nouveau en lumière le rôle du sensible dans le lien que l’Homme entretient avec son milieu. Les trois premiers thèmes parcourent la question de l’expérimentation, de la création ou encore de la Raison afin d’ouvrir la voie à de nouveaux domaines de réflexion, dans l’optique de créer un corpus qui dessine un chemin global vers une rééducation de notre œil sensible.
Mémoire de diplôme, Ecole Camondo, 2022
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Essayer de ne pas comprendre.
Alors que l’Homme est considéré comme un être de raison, il est aussi un être pétri de sensibilité, cette habilité à mesurer des phénomènes infimes, à être impressionné, submergé par des sentiments. L’Homme réfléchit-il trop ? Passe-t-il à côté d’un immense savoir uniquement perceptible par les émotions et les sentiments ?
Qualifié de vulnérable, l’Homme sensible serait inapte au monde, mais plus important encore, la sensibilité serait un obstacle à la découverte de l’Extérieur. Les Pré-socratiques ont progressivement effacé le lien sensible que l’Homme entretenait avec le monde afin de proposer une maîtrise raisonnée des éléments. Le mystère que la Nature possède, celui qui alimente un lien respectueux entre l’Homme et l’Extérieur a été éclairé sous tous les angles, disséqué pour le dénuer de tout danger potentiel, et ainsi permettre d’y demeurer. Notre rapport à notre environnement et à la Nature, plus largement, s’est estompé au fil du temps jusqu’à se rationaliser, et se voir affecter des notions de rendement et d’optimisation.
Néanmoins, certains peuples, à l’écart de la société occidentale ou moderne, ont conservé un lien complexe et sensible avec leur environnement. L’Homme est resté un être ouvert, en perpétuel apprentissage et en dialogue avec la Nature. En utilisant leur sensibilité, ces peuples modèlent un monde avec des objets finis à partir desquels ils créent, apprennent et interagissent en lien constant avec leur environnement ; c’est ce qui leur permet de l’enrichir, et de s’enrichir eux-mêmes. Cependant cette utilisation du sensible est rare, car continuellement teintée par une pensée rationnelle capable uniquement d’avancer en comprenant, et non en observant.
Cet essai marque donc une volonté de mettre à nouveau en lumière le rôle du sensible dans le lien que l’Homme entretient avec son milieu. Les trois premiers thèmes parcourent la question de l’expérimentation, de la création ou encore de la Raison afin d’ouvrir la voie à de nouveaux domaines de réflexion, dans l’optique de créer un corpus qui dessine un chemin global vers une rééducation de notre œil sensible. Ces objets de réflexion ont en commun l’observation, cette action qui n’appelle pas à regarder et comprendre, mais bien à considérer chaque objet environnant comme un potentiel vecteur d’apprentissage.
En reconsidérant alors l’importance que l’Homme donne à la rationalisation et à sa faculté à délivrer une Vérité, cet écrit propose de ré-insuffler une part de flou et ainsi de vérités plurielles dans le lien que l’Homme entretient avec l’Extérieur. Je vous invite donc à vous interroger sur la place que nous laissons au sensible dans notre réflexion et dans notre lien parfois distant avec le monde dans lequel nous résidons.